samedi 7 novembre 2009

Au château de Tiffauges...

.... OU LA PASSION DU SANG.




Mercredi 26 octobre 1440. Un curieux cortège se forme dans les rues de Nantes. A sa tête, quelques ecclésiastiques. Mais alors que la procession se dirige peu à peu vers la prairie de Biesse, tous les regards de la foule sont rivés sur un homme - Gilles de Rais. Si l’on en juge par sa prestance remarquable, ce jeune homme de trente-six ans pourrait sans doute être issu de haute noblesse. Il assiste deux condamnés couverts de chaînes. Mais lui aussi est condamné. Lui aussi est enchaîné. Lui aussi périra dans les flammes et se repentira en enfer de ses crimes odieux.

Note : Comme vous pourrez le constater, cet article n'est pas riche en photographies. J'en suis désolé et espère toutefois qu'elles vous satisferont.

Il était une fois, durant l’automne 1404, dans la sinistre Tour Noire du château de Champtocé (Maine-et-Loire), un homme, Guy de Laval et une femme, Marie de Craon, qui donnèrent naissance à leur fils Gilles. Sa mère possède bien des richesses, elle descend des Craon et des Machecoul. Quant au père Guy de Laval, lui aussi n’est pas sans fortune.
Dans sa onzième année, Gilles va perdre sa mère, puis son père éventré par un sanglier. C’est donc son grand-père Jean de Craon qui récupère Gilles - mais récupère surtout l’immense patrimoine qu’il possède. Son aïeul est réputé étrange même si quelques habitants le dise débonnaire et faible, une majorité le caractérise de violent et sans scrupule.
Toujours est il qu’il se peut que Gilles ait été « lâchement » éduqué si l'on en croit ses quelques dernières paroles avant l’exécution capitale :

''Pères et mères qui m’entendez, gardez-vous, je vous en supplie, d’élever vos enfants avec mollesse. Pour moi, si j’ai commis autant de si grands crimes, la cause en est que, dans ma jeunesse, l’on m’a toujours laissé aller au gré de mes volontés''

Élevé dans la violence et le libertinage, il arrange à seize ans avec son grand-père, l’enlèvement de sa riche cousine Catherine de Thouars pour l’épouser secrètement contre son grès en 1420. Offusquée, la mère de Catherine ne consent pas à léguer ses biens au profit de son gendre. Mais Gilles et son grand-père la séquestre aussi en la menaçant de mort : elle cède.
Mais l’élève ne tardera pas à surpasser le maître …

Par la suite, il partit guerroyer contre les Anglais et s’illustra comme vaillant guerrier. Lorsqu’il revint, il prend lui-même l’entière possession de ces biens immenses. Ses revenus annuels sont exorbitants, ses châteaux, ses seigneuries et ses domaines seront dilapidés en moins de seize années.

Nous sommes en 1429 et c’est la consécration pour Gilles à qui son cousin, favori du roi Charles VII, Georges de la Trémoille apporte son soutien. Le peuple adule ce jeune martial.
Mais une rencontre va profondément le marquer. Lorsqu’il se trouve à Chinon, un certain 6 mars, il voit la jeune paysanne appelée Jeanne d’Arc qui se dit envoyée par Dieu après avoir entendu des voix lui ordonnant d’aider le royaume à bouter hors de France les troupes anglaises.
Charles VII confie à Gilles la mission d’aider la Pucelle dans chacune des ses batailles : Orléans, Patay, et enfin de l’escorter de l’abbaye de Saint-Rémy jusqu’à celle de la Saint Ampoule pour le sacre de Charles VII. C’est durant cette période faste qu’il sera nommé maréchal de France.
Mais là, tout bascule. Sa carrière politique et militaire semble se compromet depuis que Jeanne d’Arc à été brûlée vive en 1431. La bataille de Lagny, en 1432 sera sa dernière. Quant à La Trémoille, il est écarté du pouvoir. Gilles disparaît alors dans ses châteaux.

Il se livre aussi à toute une série de débauches et de plaisirs onéreux.
Pour oublier, il organise de gargantuesques festins, des fêtes exceptionnelles, des spectacles inouïs et attire des acteurs prodigieux qui ne portent, dit-on, jamais  deux fois les même costumes. Il fait venir les meilleurs chanteurs et parmi eux, bon nombre d’enfants.
Les convives, quel que soit leur niveau social, sont invités à festoyer à volonté de vin et de plats exquis sans payer quoi que soit. Sa mégalomanie autant que sa frénésie n’ont plus de limites. Il ordonne le chantier d’une collégiale et d’une maison de militaire. Ses châteaux tels que Pouzauges, Champtocé, Machecoul ou Tiffauges dont les pièces s’ornent peu à peu d’orfèvreries remarquables et de pierres précieuses jouissent rapidement d’un grand prestige.
Seulement voilà, les frais s’élèvent peu à peu. Gilles se résout à vendre quelques uns de ses biens. Mais les mains de ses pairs vont s’empresser de voler la majorité de ses possessions avec rapacité. Sa fortune baisse considérablement.

A ce moment là, l’alchimie était fortement répandue. Elle comptait beaucoup d’adeptes parmi lesquels bon nombre de personnes hautement placées dans le pouvoir.
Alors que Gilles était en visite à la prison d’Angers, il y rencontra un soldat détenu qui l’intéressa. Inculpé pour crime d’hérésie, ce dernier possédait un livre sur l’alchimie et lui offrit.
Gilles comprit que si il réussissait à trouver le secret de la pierre philosophale, il pourrait enfin retrouver l’or dont il avait tant besoin.

C’est alors qu’il commence sa période sombre. A Tiffauges, il ne tarde pas à transformer les salles en de mystérieux laboratoires comptant une multitude de cornues, alambics, creusets et autre objets étranges.
Pour faire avancer les choses plus vite, il fait appel à l’italien Francesco Prelati qu‘avait déniché Eustache Blanchet, familier de Gilles, dans un cabaret près de Florence. Ce dernier, devant les expériences décevantes de Rais, le convainc de s’en remettre à Satan en signant un pacte avec son sang. Mais rien n’y fait. Le secret la pierre philosophale ne se dévoile pas.
Prelati fait alors venir les cousins de Rais : Gilles de Sillé, Henriet Griard et ce fameux Eustache Blanchet.
Pour le rituel satanique au cours duquel le démon doit révéler le secret, il faut lui offrir des mains, des yeux et des cœurs d’enfants.
Gilles de Rais envoie alors en mission Perrine Martin dite « La Meffray », femme peu ravissante, aux cheveux rares et épars, au regard sadique. Vagabondant dans les forêts sombres et désertes, elle accoste les enfants téméraires. Puis, sans dire mots, d’une façon étrange, ces derniers sont comme envoûtés et la suivent jusqu’à l’orée de la forêt où des «empocheurs», terrés dans les buissons, les bâillonnent et les enferment dans d’épais sacs pour les rapporter à sieur de Rais.

Lors de ses aveux, Gilles déclamera dans les détails les scènes odieuses qu’il faisait subir à ses innocentes victimes, les juges en seront même conduits à en voiler le visage du Christ.
Il capturait de préférence des garçons. Après les avoir bien cajolés, il les violait. Ensuite il les faisait monter sur ses genoux. Là, il se réjouissait à l’avance de ce qu’il allait bientôt faire : inciser le cou de sa victime et savourer cet instant, pareil à la dégustation d’un met délicieux, tandis que le sang maculait peu à peu le sol qui ne ressemblait  à une mare sombre et coagulée dans laquelle trempait quelques papiers jaunis et où flottaient des scalps ou des corps d’oiseaux vidés, depuis longtemps déjà, de leurs entrailles. Sa jouissance bat son plein, lorsque il démembrait ensuite le corps, lui tranchait la tête, et, dans un mouvement de satisfaction absolue, brûlait les cadavres dans l’âtre, désormais immolés à Satan ; dans une épouvantable allégresse …
Tout ce rituel se déroulait dans la crypte Saint-Vincent au château de Tiffauges. Pendant qu’au dessus, dans la chapelle, chantaient des chœurs d’enfants dont les voix fortes et belles servaient à couvrir les hurlements d’agonies des victimes égorgées.

 La rumeur enfle rapidement. Partout où Gilles de Rais passe, la fréquence des disparitions d’enfants s’accroît brutalement. Les gens savaient, mais personne ne disait. Gilles de Rais, à moins qu’il ne le fasse par lui-même, ne pouvait être accusé eu égard à ses nobles origines.
Mais il commettra lui-même son arrestation : le 15 mai 1440, jour de Pentecôte. Durant la messe, il ose pénétrer à cheval et armé, dans l’église Saint-Étienne de Mer Morte, pour forcer Jean de Ferron à lui rendre le château vendu à son frère Guillaume. Gilles de Rais est arrêté quelques jours plus tard à Machecoul (Loire-Atlantique) puis jugé à Nantes.
Lors du procès, Rais avouera tous ses crimes. Il en reconnaîtra cent quarante même si il y en aurait huit cents - après les fouilles effectuées dans la crypte de Tiffauges qui révélèrent des ossements d‘enfants -. Il craint Dieu et c’est en larmes qu’il demande la levée de son excommunication qui lui sera finalement accordée.
Mais le 25 octobre tombe l’inévitable sentence :

''Gilles de Rais, accusé de "perfidie, apostasie hérétique et invocation de démon" […] La cour, nonobstant la dignité, la qualité dudit accusé, le condamne à être pendu et brûlé''.


Quant à ses complices, « La Meffray » serait morte en prison, Prelati avait lui réussi à s’en évader et gagner les bonnes grâces de René d’Anjou. Il sera pourtant pendu quelques temps plus tard après avoir rançonner un trésorier de France.

Le mercredi 26 octobre, périt au bout d’une corde, dans sa trente-sixième année, Gilles de Rais, le maréchal sans vergogne. Son cadavre fut ensuite porté au bûcher. Mais avant qu’il ne fut calciné dans sa totalité, quelques femmes de hautes lignées l’ôtèrent des flammes et allèrent, dolentes, l’ensevelir au couvent des Carmes.

Voilà comment se termine l’histoire de ce chérubin devenu diable.
Cet homme diabolique inspira sans doute Charles Perrault, au XVIIe siècle, pour écrire « La Barbe-Bleue », ou le conte d’un seigneur cruel …




Je me présente dans la crypte de Tiffauges.
Le silence mortuaire qui y règne n’est pas sans m’apporter un souffle d’angoisse. Les quelques touristes qui s’y trouvaient venaient de déserter l’endroit. Comme ils longeaient les ruines de la chapelle en passant à proximité des soupiraux, je vis leurs ombres se dessiner sur le sol de la crypte - j’eus peur.
Il y avait, à côté de l’entrée, une grille qui semblait protéger un trou. Je n’osai guère m’en approcher.

Alors que perdurait dans la crypte le funeste silence propre à ces lieux, les mots de Gustave Flaubert à propos du château de Tiffauges résonnèrent en moi : "un fantôme muet, abandonné, maudit, plein de résonances farouches"

***

Quelques jours après m’être rendu à Tiffauges, je lus un article surprenant : plus de cinq siècles après la mort de Barbe-Bleu, un habitant de Jersey venu visiter les ruines du château de Tiffauges, s’aperçut que le sang qui coulait entre ses veines était celui de Gille de Rais.
Il courut  ensuite les Archives avec avidité et fini par dresser son arbre généalogique… Déconcertant.
Ayant la preuve d'être le descendant de Barbe-Bleue, il se mit à parcourir de nuit la lande de Jersey, accoutré d’une masque de diable, d’une perruque, et d’un marteau clouté et d’une croix tressé de paille qu’il brandissait durant ses agressions – agressions qu’on dénombre par dizaines et viols, par vingtaine.
En 1971, la police l’arrête. Affabulé de la même façon : « J’allai à une orgie » leur dit-il.
Seulement voilà, on fit d’affreuses découvertes chez cet homme, notamment tout l’attirail nécessaire aux messes noires et une vaste bibliothèque alchimique.

La Barbe-Bleue n’est peut-être pas entièrement rasée …

*****

QUELQUES INFORMATIONS. Pour l'instant, notre périple dans la Vendée légendaire touche à sa fin mais reprendra certainement plus tard. La série suivante sera consacrée à quelques lieux énigmatiques de Normandie et notamment de la Seine-Maritime. Puis, de temps à autre nous regagnerons Paris et flânerons, si vous le voulez-bien, dans les cimetières de la capitale.

mardi 3 novembre 2009

Au Batignolles... (1)


Dans les caveaux d’insondable tristesse
Où le destin m’a déjà relégué
Où jamais n’entre un rayon rose et guai
Où, seul avec la nuit, maussade hôtesse.
- Charles Baudelaire – Un fantôme (Les fleurs du Mal, extrait)



samedi 24 octobre 2009

À la Flocellière ...



Il y a bien des années de cela, vivait dans ce splendide château Jacques de Maillé-Brézé, marquis de la Flocellière, qui possédait d'innombrables pouvoirs. D’une élégance parfaite et enviée de tous, il n’appréciait guère la solitude, préférant faire de nombreuses conquêtes …


Un jour, arriva à la cour, une charmante demoiselle qui n’était autre que la princesse Hamilton venue d’Écosse.
Sa gracieuse beauté vint troubler notre bon marquis de la Flocellière qui s’empressa d’aller la saluer et d’élaborer une idée afin de l’épouser.
Comme il l’a demanda enfin en mariage et que la princesse répondit par la négative, il recommença peu après mais la réponse n’avait guère changé.
Il se résolut alors à imaginer un enlèvement pour l’emmener en son château de la Flocellière sous prétexte que la reine avait demandé à ce qu’elle s’y rende.
A croire qu’il eût raison. Après maintes refus et colères, ils se rendirent enfin en Vendée, à la Flocellière. Pourtant, peu de temps avant le mariage, la princesse tomba gravement malade. L’âme emplie de remords d‘avoir enlevé la demoiselle pour ne même pas lui passer l‘anneau sacré, le marquis avança la date des célébrations.
Mais quelques temps avant, un funeste soir d’hiver 1617, Élisabeth Hamilton fit venir à son chevet quelques notaires afin d’inscrire ses dernières volontés avant d'expirer dans la nuit …

Je flâne à présent dans le parc.
Sous un ciel maussade, il m’évoque le repos. Cadre idéal pour les chambres d’hôtes, qui y ont été aménagées dans ce château habité depuis plus de 900 ans, la Flocellière laisse libre cours à une imagination trépidante qui semble se perdre dans les dédales de la féerie.



Mélange de styles et de formes. La magnificence des jardins côtoie le lustre du château qui lui-même contemple la richesse historique dont peuvent témoigner les vieilles ruines de l’ancien castel.



INFORMATIONS / Il faudra attendre le 7 novembre pour pouvoir pénétrer le sombre château de Tiffauges et tenter de percer le secret des arcanes de l'alchimie avec Gilles de Rais dit "Barbe-Bleue".

- Si vous avez remarquez, j'ai réalisé quelques changements de mise en page sur le blog. N'hésitez pas à donner votre avis.

D'ici là, je vous rappelle que le 1 novembre sera la date de la Toussaint ...
BONNES VACANCES